2010, premier jour de mai spécial. Exilé à Aix en Provence. Aix la bourgeoise, là où calissons et Hermès se lovent pendant que le voisin reluque, au travers de ses Rayban, le passage d’une berline, apte à être glacée sur le papier des magazines. Venir dans le Sud c’est embrasser des clichés, à défaut de les embraser. Je défilerai là. Par réflexe, par curiosité, par envie d’humer. 

A  Aix, il y a quand même des pavés. Dessous, à quelques kilomètres, il y a aussi la plage. Un terrain de jeu idéal pour un mois de Mai. 10H30, heure de ralliement. Autour d’une fontaine d’envergure, place de la Rotonde. Une Rotonde sans dôme, heureusement ce jour quelques dogmes s’invitent. Les tempes sont pour beaucoup poivre et sel. N’allez toutefois pas croire que le ton de la gauche était gris. 

Les drapeaux rouges servent de point de repère. Un peu plus loin, de l’orange on passe au vert. L’étendard semblant élevé, les groupes se meuvent ou s’émeuvent en fonction des affinités. Devant, le véhicule CGT, munie de l’éternelle Sono, donne le rythme. Les autocollants parent des vêtements variés. Au milieu de la foule, courent des gamins, bouquet de muguets en main. Ils crient, deux euros cinquante pour ces quelques brins. Après leur vente, les petits se vantent puis s’éventent laissant la dame avec ces fleurs, presque fanées. Pas grave, c’est le 1er mai.

Quand la marche est enclenchée, les discussions commencent à s’enchaîner. Des retrouvailles aux échanges nourris de belles gouailles, des retraites à l’école, les maux ne manquent pas. Disciplinée, la foule relative suit le Cours Mirabeau, évite même de prendre les trottoirs. Les âmes coordonnées ne sont pas plus mal sur la chaussée. Sur le côté, les Bimbos et Dom Juan du Sud regardent, amusés, le folklore du premier mai. L’ironie laisse vite comprendre qu’ils préfèrent les faux cils et les manteaux. Pas grave, c’est le 1er mai.

Etrange silence. Brouhaha de conversations seulement. Pas même un slogan. On ne sait où mettre la réforme. En tête de manif, les délégués CGT sont agités. Le microphone ne fonctionne pas. Moche pour des porte-paroles des sans-voix. Des photographes inscrivent le moment sur la pellicule. Le défilé laisse tranquillement filer les pas, vers la mairie.

Enfin pas vraiment. Aujourd’hui, il y a trop de promeneurs. Un peu moins de mille. Finalement la mairie a trop peu de place pour tous. Est-ce là la lutte des places ? Arrivé au marché, la marche arrière est ordonnée. Les discours révolutionnaires se tiendront au pied du Roi René. Mirabeau en rit encore.

J’ai des tracts pleins les poches. Les détracteurs ce n’est pas ce qu’il manque. Réuni devant une banque, chaque orateur hurle pour le premier rang l’écrit qu’il tient en main. Les rangées deux et trois répondent qu’elles n’entendent rien du discours. Au niveau quatre, le repas de midi s’est incrusté dans les esprits, plus loin la lutte est finie. Certains donnent la claque. « Regarde c’est papa, qui parle » lance la mère à l’enfant. Le petit est heureux de voir que son père fait aussi son devoir. L’impression qu’on retient le temps. Beaucoup se donnent rendez-vous pour dans quelques semaines. Tous hésitent à battre en retraite. Le ciel est gris. Le temps des cerises s’éloigne déjà. Satisfait de l’audience, plus nombreuse qu’il y a deux ans, un des multiples parleurs prononce l’envoi. L’impératif est de profiter de l’après-midi. Le grand soir patientera. Pas grave, c’est le 1er mai.