« Monsieur » est un chasseur de son. Un jour de promenade à Verdun, alors qu’il étrennait ses chaussures neuves, il entendit des cris. Les poilus sans doute. Alors, réflexe du professionnel, il saisit le son. Pourtant, à l’écoute de la prise il ne trouve en écho que des chants d’oiseaux. De ce jour, Monsieur, affublé du conciliant John-John et du clownesque Pedro, court après ce cri passé au-dessus de la douleur. Fétichiste d’une époque, il collectionne les cris du XXe siècle dans des valises. Les discours d’Hitler, l’effroi de Kigali, le traumatisme de Stalingrad sont consignés parmi tant d’autres dans ces sortes de boîtes sonores de la mémoire collective. Seul Hiroshima a pour refuge une valise minuscule. Là bas, les cris n’ont pas eu le temps d’exister ou bien persistent depuis maintenant 64 ans, trop long pour une seule valise. Parfois l’Histoire côtoie aussi les bruits de cours de récréation ou le silence, raison d’être du son. Cette course effroyable s’achève au Cabaret des Valises où les coffrets d’harmonies s’entassent pendant que le maître de soirée présente des jumeaux qui ne se ressemblent pas, des exploits qui ne sont qu’ordinaires.
Ce conte est en réalité un résumé du siècle dernier. Chaque tableau rappelle, grâce au concours de l’Ensemble Télémaque, que le temps laisse une empreinte sonore. L’Homme poursuit sa route sur le siècle en espérant pouvoir faire taire ses produits auditifs du temps. Toujours à la quête de l’air empli de promesses et vide de souffrance. Au final, résigné, l’humanité se rend au cabaret. Le lieu n’est pas un hasard. Il est le symbole du spectacle pour tous, sans barrières sociales, où le monde se divertit devant des spectacles improbables et poétiques. Les soirs de cabaret ne sont que la création de bruits irréalistes pour contrer de lourdes réalités. Parfois, ce superflu d’un cabaret s’appelle la vie.
Mêlé le théâtre aux circassiens était un pari audacieux que Bernard Kudlac avait déjà relevé avec Plic Ploc en 2004. Cette fois-ci, l’Ensemble Télémaque originaire de Marseille et mené par Raoul Lay se joint, pour le plus grand bonheur, à la partition. Une collaboration qui fut fructueuse en 2001 dans le spectacle « Variété ».
Portée par John Mossoux, l’efficace Monsieur, par Hugues Fellot, fabuleux clown en Pedro, et par Cyril Casmèze, agile John-John, l’histoire de ce cri prend l’esprit dans un voyage drôle pour les enfants, plein de profondeur pour les plus grands. Ces derniers se laissent embarqués derrière ces bruits fuyants qui restent, inlassablement. Malheureusement, avec moins d’une heure et demie de représentation ce cri qui court l’est justement beaucoup trop… court.
Le cabaret des valises
•Bernard Kudlack, écriture et mise en scène
•Raoul Lay, musique et direction
•Le spectacle est une commande d’état de 2007
Crédit photo : Jean Barak

Commentaires
I do truly like your hot outcome! Can you compose the literature term paper as example? Because I do really know that a great <a href="http://quality-papers.com">paper writing service</a> can compose term papers of brilliant quality.
JOAN22