Petit à petit, l’Iran plonge dans un mouvement de contestation de
grande ampleur, le premier depuis 1979 et la révolution islamique. La
communauté internationale observe ces heurts avec prudence, les
journalistes sont sous pression voire éconduits de Perse, Internet et
les réseaux communautaires prennent le relais. En août, une centaine de
contestataires comparaissent devant le tribunal révolutionnaire de
Téhéran. Parmi ceux-ci, la Française Clothilde Reiss, accusée d’avoir
participé à des manifestations, est assignée à résidence à l’ambassade de France en attente du verdict. Le 16 août M. Moussavi lance « Rahesabz » (le Chemin vert de l’espoir).
Depuis, la contestation poursuit son chemin. Par des événements spontanés ou bien lors de manifestations traditionnelles organisées par les autorités, les opposants exploitent chaque occasion pour exprimer leurs colères et revendications. Ce fut le cas le 4 novembre lors de la célébration de la prise de l’ambassade américaine de 1979. Ce jour, les contempteurs du régime scandent « mort au dictateur » et transforment le cérémonial officiel en tribune d’opposition. Même les symboles vacillent.
Décembre, la radicalité en commun

A partir de décembre, le ton se durcit de parts et d’autres. De nombreuses arrestations feront suite aux manifestations tenues lors de la Journée des étudiants du 7 décembre. Le lendemain le journal Hayat e No est interdit tandis que le pouvoir avertit Mir Hossein Moussavi. Le 13 décembre, Ali Khamenei met en garde les dirigeants de l’opposition. Malgré tout, les funérailles du grand ayatollah dissident Hossein-Ali Montazeri, décédé le 19 décembre, sont le théâtre de revendications portées par des dizaines de milliers de personnes. Quelques jours plus tard, le 27 décembre, la fronde franchit une nouvelle étape. Ce jour de la fête religieuse de l’Achoura, Téhéran et d’autres villes iraniennes offrent le cadre de défilés antigouvernementaux. La répression est sanglante. Les forces de l’ordre tirent dans la foule, le neveu de Mir Hossein Moussavi sera l’une des victimes. En représailles, les manifestants s’attaquent aux miliciens bassidjis, signe que la violence gagne du terrain. Des proches de M. Moussavi et de M. Khatami seront arrêtés dans la foulée. Ce tournant répressif a entraîné les « condamnations de la France » et « l’inquiétude » de la Suède, alors à la tête de l’Union européenne. Les Etats-Unis ont, quant à eux, appelé à libérer « les personnes injustement emprisonnées ».
Un tournant et après ?
Voilà 6 mois que la rue s’oppose aux autorités iraniennes. 6 mois durant lesquels le mouvement change, s’intensifie. Dans ce sens, Antoine Sfeir fait remarquer sur les ondes de France Inter que, pour la première fois, des personnes venues des zones rurales se sont jointes à l’opposition durant le mois de décembre. Preuve, selon le rédacteur en chef des Cahiers de l’Orient, que malgré la répression les autorités perdent du terrain. Mais qui sont aujourd’hui les autorités ? Quid des revendications de l’opposition? Ces questions, nœud du conflit, demeurent complexes.
Au sommet de l’état iranien se trouverait la « faction la plus fondamentaliste du régime » d’après Ahmad Salamatian, ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères iranienne entre 1979 et 1981. Des propos corroborés par Abbas Milani, directeur des études iraniennes à l’Université de Stanford, dans le journal Le Monde « Khamenei a totalement perdu le contrôle. […] Ce sont les commandants des Gardiens de la Révolution et des miliciens bassidji qui mènent la danse ». Aux manettes de la répression mais aussi soucieux de démontrer à la population qu’il n’est pas isolé, le pouvoir iranien organise des contre-manifestations comme ce fut le cas après la contestation de la fête de l’Achoura. Toutefois, l’union au sommet n’est pas évidente. Abbas Milani voit poindre des dissensions au sein des gardiens de la Révolution mais doute surtout du « degré de soutien parmi les bassidji » venus à la milice non par conviction mais par l’intérêt porté aux privilèges qu’ils pourraient en retirer. La désunion du régime risquerait de causer sa perte. L’opposition pourrait en effet connaître une massification importante si les autorités venaient montrer leurs doutes et finalement leur fragilité. Actuellement, c’est la fermeté et l’intransigeance du sommet qui semblerait retenir la généralisation du mouvement. « S’il y avait le moindre signe que les Gardiens de la Révolution perdent le contrôle, je ne serais pas surpris de voir 5 millions de personnes à Téhéran » atteste l’universitaire de Stanford.
Une opposition de masse mais pour quoi faire ? Le point fort est l’union. Uni autour de la contestation des élections, le mouvement est plus horizontal que vertical. Les revendications et projets des manifestants revêtent dès lors des réalités diverses. Mir Hossein Moussavi, ancien premier ministre de la république islamique de 1981 à 1989, se place sur un axe plus réformateur que révolutionnaire. Il a, dans cette logique, exposé ses ambitions pour l’Iran en 5 points, le jeudi 31 décembre. En premier lieu se trouve le souhait que M. Ahmadinejad accepte d’être responsable de ses actes devant le parlement, le pouvoir judiciaire et la nation. Moussavi espère également l’adoption d’une loi pour obtenir des élections claires libres et équitables. La libération des prisonniers politiques, la liberté de la presse et de manifestation viennent compléter le panel de vœux de l’ancien premier ministre. Ce dernier reconnaît son adhésion aux préceptes initiaux de la république islamique dans un communiqué dans lequel il assure être, avec ses partisans, un « nationaliste, religieux et fidèle à la Constitution » qui ne veut « pas renverser le système mais le réformer » convaincu que « des solutions politiques sont encore possibles ». Craignant un scénario à la pakistanaise, où les Gardiens de la Révolution s’emparerait totalement du pays, certains fondamentalistes militent pour la solution de réconciliation prônée par Mir Hossein Moussavi.
Cependant, rien ne dit que la conciliation triomphera. Les jours avançant, les convois de massifiant, les projets se diversifient. Au sein des manifestants, nombreuses sont les revendications nues de toutes aspirations religieuses. Elles sont généralement le fruit des étudiants. Interrogé sur les raisons de la colère, Abbas Milani résume : « Les jeunes sont désespérés. Ils n'ont pas besoin d'avoir de fortes convictions politiques pour être opposés à ce régime. Ils veulent simplement une vie normale du XXIe siècle, ils veulent pouvoir choisir les films qu'ils regardent, la musique qu'ils écoutent. Ils veulent sortir avec la femme ou l'homme de leur choix. Ils veulent un travail. Tout cela leur est interdit. »
Loin des idées reçues occidentales, la lutte en cours en Iran remet sur le devant de la scène l’attachement aux valeurs progressistes d’une partie de la population qui n’a de cesse d’articuler ces idées dans un système pourtant rigide. Nul ne sait sur quoi aboutira l’opposition si tant est qu’elle aboutisse. Néanmoins, ce souffle de protestation semble être de jour en jour porté par un irrévocable besoin de changement. Reste à trouver lequel.

Commentaires
Très bon point sur la situation en Iran : est-ce là un dossier de presse ?

nemoEn tout cas c'est clair et précis.
C'est en effet un article fait pour l'école qui ensuite le commercialise. Mon droit moral m'autorise tout de même à le publier sur mon blog
non mais! Merci du compliment
Elbe