Langue de plume


Né la langue dans une poche zippée
D’un silence sans cesse exhibé
Il se pare pour être
De l’art de disparaître

Parade des murmures de l’entourage
Il se mure depuis point d’âge
Confiné au cœur de cette élégance
D’un vacarme sans éloquence

Coupé des sinistres hâbleurs
Occupé à leur triste labeur
Combler les temps muets
De prose à peine éternuée

C’est un homme de plume
Forgé d’ire comme d’amertume
Scindé entre rires et sanglots
Dans l’ombre, il pense haut

La salive bleue le mue en bavard
Ratures, dignes postillons de son art
Vers, rimes, strophes
La ligne sert d’apostrophe

Entouré de bruits sans image
Il aime l’image sans bruit
Loin de se rêver sage
Il s’écrit dans un récit

Homme de plume au cœur d’acier
Pas d’écume aux propos putassiers
Regard fugueur, sourire de rigueur
Clown triste ou dramaturge rieur?

L’être par lettre
Aux écrits se soumettre
Soubrette de l’émotion
La courbe littéraire prêche l’évasion
 
Cahier froissé, cœur brisé
Feuille d’or, ode au bonheur
La graphologie en science de sa pensée
Les traits d’encre témoins de ses heures
 
Ses airs se lisent seuls
Parcellaires paroles en linceul
Voix balbutiante, mains tremblantes
Les cris jamais ne se chantent

Homme de plume, homme de vie
Sans certitude le regard dévie
Avancer sur ces lignes
Pour espérer demeurer digne.

Elbe