Il était une fois, sous les flash, sur les bâches, parmi les lâches, un prince de bas âge. Né un jour de match, court sur patte, il régnait sur ses conscrits, raquette à la main, version maquette des sportifs de demain. Doué pour rapporter la balle, saillant, le jeune Richard transpirait l'avenir au point de sentir - déjà - sur lui la mire. Promu Mozart avant même la partition écrite, d'orchestre les entraîneurs, complices des proches, cultivaient le sentier battu du gosse adulé.

Pas de break, au service d'une discipline, le prince promis au trône offrait suées ou sourires aux crépitements curieux de ce tennisman en herbe. Jeu de billes remisé au vestiaire, les sphères jaunes pleins les yeux arbitraient déjà les manches futures. Pas à pas, point par point, le bambin né près de Sète se faisait tatoué, par l'envie des autres, le numéro 1. Belle, flatteuse et rêvée, la haute marche le portait dans les bras des scènes lumineuses. Les statistiques retraçaient à outrance l'incroyable périple gagnant, les métaphores  amenaient l'enfant sous Borg, derrière Noah mais jamais à sa place. L'outrance patronnait sa Majesté.

Les têtes suivent les allers-retours, applaudissent, soupirent, suintent, se lèvent, sourient aux caméras témoins d'un après-midi parisien ensoleillé. Les "wow" succèdent aux "ooooh" eux même ayant fait oublier les sifflets de la minute précédente. Au coeur de l'arène deux petits hommes, pourtant grands sur l'écran, jettent leur force en pâture, animé de la croyance en la victoire. Dans quelques heures tout sera fini, un seul élu aura l'approbation de la foule, l'autre quittera beau joueur l'univers de gloire pour s'asseoir dans la pénombre réservée aux illusionnistes déçus.

Un jour, le prince Richard s'est lassé de ces jeux de rôle de moins en moins drôle. La chute de la tête d'affiche aux en-têtes de journaux attrape-chiffre était trop rude. Le noble en attente d'aristocratie a d'abord changé de tuteur, puis oublia de croire en cette histoire contée par les sirènes sur fond de Mousquetaires. Dépassé, il devint un prince sans rire. Le gazetier se plaignait de l'inélégance du jeune homme, les spécialistes ressassaient leur frustration, les fans erraient parmi la carence d'idoles à vénérer, plus rien ne suivait la ligne préalablement tracée.

A l'ombre de tout, à l'aube de rien, le Prince s'est égaré. Coupé d'un microsme de muscles et d'effort, la descente se lit jusqu'au jour où les radios crachent le verdict. L'illicite serait entré dans le sang princier. Dopé ou dupé, au coin du bois, l'opinion publique vient de demander des balles neuves...