C'est un matin lyonnais comme les autres. Sol mouillé par la pluie nocturne, vent frais pour assurer un éveil vif, les colporteurs des journaux gratuits sont déjà en ordre de mission sur le parvis des stations de métro. Travailleurs, écoliers, prennent les trottoirs d'assaut saisissant au vol cette presse tant décriée par les puristes, plus amoureux du traitement de l'information que des dépêches AFP, même vaguement retravaillées.
X, citoyen comme un autre, s'empare de son 20 Minutes. Petit format à l'encre moins tâchante que la concurrence, ces quelques pages feront l'affaire. Au sortir du métro, il aura la sensation de connaître un peu mieux ce qui se trame dans le monde et jettera le feuillet, dans un raque ou pire au sol. La Une du jour est consacrée aux mobilisations étudiantes. "Toujours les mêmes, fulmine-t-il, ce sont mes impôts qui paient leurs pas sur le pavé". Le gros titre évoque une possible radicalisation du mouvement. "Durcissement à l'étude", un jeu de mot pour lancer la journée, pourquoi pas.
X,
septique, se rend à la page 6 pour comprendre ce qui agite la fac, le
temps bloqué dans ce wagon passera plus vite. De l'Université, X en a une idée
aussi arrêtée que floue. "Depuis la massification du bac on veut faire
croire que tout le monde peut étudier, c'est faux. Résultat, on envoie les
jeunes compter leurs rêves à la fac quelques années et après le chômage augmente".
Un monde lunaire, sans avenir, tant pour lui-même que pour ses locataires,
voilà l'idée que s'en fait X, travailleur de classe moyenne peu au fait de ce
qui se passe dans ce que l'on nomme "l'enseignement supérieur". Ces
quelques lignes seront une rare occasion de découvrir ce qu'ils veulent, ces
apprentis grévistes.
L'article déroule. Travail étudiant, "Tiens comme les colporteurs!", recherche sous-financée, plein pouvoir à la présidence, suppression de postes, silence gouvernemental, épuisement, agacement, espoir, radicalité. Le panorama est vaste, l'inquiétude certaine, X en sait désormais un peu plus sur un mécontentement, loin de lui, certes, mais réel.
![fac.gif, mar. 2009 [fac.gif, mar. 2009]](/public/.fac_m.jpg)
Ses yeux poursuivent leurs caresses au gré de la feuille de chou. Sport, économie, pub, un quotidien gratuit en somme. Tout défile, se mélange, sans vraiment savoir ce qu'il en restera quand il reviendra sur terre. Un passage l'a frappé. C'était de la réclame. Peu étonnant. Toutefois, celle-ci était - aussi - payée par ses impôts puisque financée par l'Etat dans le but de promouvoir les mesures prises récemment par le gouvernement afin de "relancer l'économie française". "Ma foi, c'est l'époque" pense X, résigné.
Moins de publicité
sur le service public, plus de la part des pouvoirs publics, la cohérence,
elle, n'est pas forcément l'invité de l'époque. Peut être qu'une cohérence existe.
En effet, en lisant son journal X a suivi le fil de l'actualité, sans choisir
de temporalité propre, juste en se laissant guidé par les lignes. Là se trouve
le problème. A peine la contestation étudiante expliquée, l'esprit
du lecteur a fait focus sur une pub, bien située. Oui, sous la mobilisation
universitaire, le gouvernement critiqué étalait ses lettres promotionnelles
dans toutes leurs largeurs.
![totale.gif, mar. 2009 [totale.gif, mar. 2009]](/public/.totale_m.jpg)
Hasard ou coïncidence, toujours est-il que la linéarité de la page donne l'impression d'un mécanisme alliant marteau et pommade. "Quand le jeune se plaint, l'état s'occupe de ceux qui souffrent" pourrait être le résumé, à l'extrême, de cette cohabitation entre actualités et publicités.
Au-delà de l'anecdote croustillante, se pose la question des publicités gouvernementales. Lors des États Généraux de la Presse Écrite, l'Etat s'est engagé à augmenter son budget de publicité alloué aux quotidiens afin de soutenir un secteur touché par la crise du monde publicitaire. Reste à savoir si cette participation, bénéfique économiquement, demeurera sans influence sur le contenu d'un journal, soumis à des contraintes budgétaires. Cette malheureuse juxtaposition questionne également l'harmonisation entre publicités et actualités pour ne pas nuire au travail journalistique, généralement marqué par une déontologie certaine.
Le but n'étant pas d'entretenir un éculé "tous pourris", Presse-pensée a contacté la Régie Pub de 20 Minutes et demandé les règles d'attribution de ces encarts. En cas de réponse, nous vous tiendrons au courant.
A titre d'anticipation, il est probable qu'il s'agisse d'une campagne de comm' gouvernementale finement étudiée (choix des encarts publicités situés en page "France", semaine post-manifestations, jour du discours de Nicolas Sarkozy à Saint Quentin etc), le tout sans la complicité de 20 Minutes. Alors à quand une Publicité pour les contestataires, en dessous des annonces de stock-option par exemple?
PS: X est caricatural, le meilleur garde-fou demeurant notre esprit critique!
(Captures d'Images de Presse-Pensée, laissées à la libre disposition des internautes)

Commentaires
une tres belle facons de voir les choses oui meme si je suis ps convaincu que ca peut parcher
arien44Merci pour ces infos, ca va beaucoup me servir.
Hanna Bruno