Au cours de ce documentaire, les propos d'Alain Huygues Despointes, riche et influent chef d'entreprise martiniquais, ont fait grand bruit. Interrogé sur la définition du "Béké", l'entrepreneur n'a pas hésité à exhiber les plus vifs discours colonialistes, justifiant notamment une logique raciste au sein des siens.
C’est ce qu’il y a de mieux [les Békés]. Les békés c’est le…ce sont les descendants des blancs européens qui se sont reproduits en race pure dans les colonies. Quand je vois des familles métissées, enfin blancs et noirs, les enfants sortent de couleurs différentes, il n’y pas d’harmonie. Il y en a qui sortent avec des cheveux comme moi, il y a d’autres qui sortent avec des cheveux crépus, dans la même famille avec des couleurs de peau différente, moi je ne trouve pas ça bien. On a voulu préserver la race.
Depuis cette déclaration digne d'Antoine Richepanse, les polémiques se sont enchainées. Désormais, l'affaire est aux mains de la justice qui a récemment perquisitionné les locaux de l'agence de presse audiovisuelle TAC Presse, réalisatrice du documentaire. (Le sujet n'étant pas la condition du travail de journaliste je vous renvoie à cette note de Mediapart en rapport à cette descente)
Cependant, cette indignation passée, la qualité même de l'émission semble avoir été éclipsée. Fruit d'une enquête rondement menée, constituée de témoignages contradictoires et de faits concrets, ce travail n'a sans doute pas eu l'écho mérité. Au fil des minutes, c'est une véritable immersion dans le système de domination (coloniale?) entretenue par les Békés à laquelle nous sommes conviés. Parler de puissance Béké n'est qu'un euphémisme aux vues des chiffres qui jalonnent le documentaire. Sans en faire un inventaire à la Prévert, nous retiendrons parmi ce florilège les 40% des grandes surfaces martiniquaises aux mains de seulement 3 familles, le milliard d'Euros que pèsent les sociétés békées ou encore les 52% des terres agricoles appartenant à 1% de la population insulaire.Un constat statistique preuve de l'emprise économique de cette classe, jusqu'ici effleurée en métropole mais rarement mise sous le feu des projecteurs.
Autre apport de ce film la présence, discrète mais certaine, des Békés sur la scène politique. Au cours d'une séquence d'un quart d'heure, le journaliste suit une délégation martiniquaise reçue successivement à l'Élysée, à la commission européenne puis au ministère de l'agriculture. Motif de ces rencontres, une décision de Bruxelles exigeant une baisse des droits de douanes sur l'importation de bananes originaires d'Amérique du Sud. Dans le cas où cette disposition s'appliquerait, c'est un secteur prolifique pour les propriétaires martiniquais qui se verrait menacé par la concurrence. Mené par Gérard Bally, lobbyiste d'EURODOM, les représentants des hommes d'affaires de l'île tentent de faire revenir la commission européenne sur sa décision. Pour y parvenir, rien n'est trop gros. Entre l'effacement au profit des pays africains, pour qui la banane représente un élément de subsistance, et l'instigation d'un mini-sommet sur le commerce de la banane au ministère de l'agriculture français, nous découvrons une politique de couloirs fort bien huilée. Une information qui vient attester de relations à priori anciennes entre les cercles dirigeants métropolitains et patronat martiniquais. Ce documentaire nous renseigne également sur l'état d'un dialogue social tant sur l'île que dans les bureaux parisiens. Un renseignement donné par le silence.
Pour (re)découvrir ce documentaire qui vaut plus qu'une polémique - justifiée - rendez-vous sur le blog de Fred Musa.

Commentaires
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